Prévention routière : l’efficacité des challenges anti‑distraction à 1 et 12 mois

Valentin J.

Publié le 9 mars 2023 · 7 min de lecture

Introduction

Cet article analyse l'impact des challenges de conduite sur le comportement des conducteurs. Les challenges de conduite sont déployés par certains assureurs pour inciter leurs membres à ne plus utiliser leur téléphone au volant.

Dans un premier temps, nous évaluons l’efficacité d’un challenge anti-distraction à court terme. Puis, nous analysons l'impact des challenges anti-distraction sur 12 mois. 

Pourquoi orienter la prévention routière vers des mécanismes de gamification ?

Plusieurs études scientifiques (voir ici et ) ont démontré les bénéfices liés à l’introduction de mécaniques ludiques pour changer les comportements. Parmi ces études, certaines ont spécifiquement analysé l’impact de la gamification sur la sécurité routière et ont prouvé leur efficacité (voir ici et ).

 

Quel est l'impact d'un challenge anti-distraction à court terme ?

Pour mesurer l’impact d’un challenge de conduite, nous analysons les résultats d’un challenge anti-distraction organisé pendant quatre semaines par un assureur de premier plan.

La population concernée se compose de 20 000 conducteurs de tous âges et diversement expérimentés. 25% d'entre eux ont participé au challenge pour tenter de remporter des bons d’achat.

Les résultats présentés sont mesurés sur trois périodes :

  • Avant le challenge (le mois précédant le challenge) pour mesurer le comportement naturel du conducteur.

  • Pendant le challenge (le mois du challenge) pour vérifier l'impact immédiat du challenge sur la conduite.

  • Après le challenge (le mois suivant la fin du challenge) pour évaluer la persistance du changement de comportement de conduite.

Evolution du comportement des participants

Le taux de trajets avec appels pour l’ensemble des participants indique une baisse des appels d'environ deux points pendant le challenge. Les trajets avec appels remontent légèrement après le challenge, +1 point. Le challenge a donc réduit de 1 point les trajets avec appels.

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L’évolution du comportement des conducteurs en progrès révèle un impact encore plus important. Les trajets avec appels pour ces conducteurs ont été réduits environ de moitié après le challenge, passant de 11% à environ 6% (-5 points). 

La progression est moins prononcée mais pas moins impactante chez les participants qui téléphonent le plus fréquemment. Leur proportion de trajets avec appels, qui dépassait 14% avant le challenge, atteint difficilement 10% un mois après la fin du challenge, soit une baisse de 4 points.

Un challenge engendre donc un changement de comportement immédiat chez les conducteurs participants. Ainsi, un geste dangereux acceptable devient un véritable enjeu pour les conducteurs qui minimisent leur utilisation du téléphone. 

Le changement de comportement perdure plus d’un mois après le challenge. Certes, les trajets avec appels remontent d’un point pour l’ensemble des participants après la fin du challenge. Mais la population la plus distraite affiche un taux de trajets avec appels après le challenge inférieur de 4 points à ce qu’il était auparavant. Les conducteurs les plus à risque utilisent donc moins leur téléphone même après la fin du challenge.

Evolution des évènements de distraction

Ciblons maintenant spécifiquement les indicateurs de la population des participants en progrès

Le nombre d’appels interdits pour 1 000 km enregistre la baisse la plus conséquente avec une diminution de plus de moitié (-10 points) avant et pendant le challenge. Concrètement, les automobilistes réduisent drastiquement leur nombre d’appels au volant, s'ils sont motivés. 

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Le nombre de déverrouillages pour 100 km est divisé par deux pendant le challenge. On passe donc d’un déverrouillage tous les 10 km avant le challenge à un déverrouillage tous les 20 km pendant le challenge, soit une distance sans usage du téléphone doublée.

Les déverrouillages pour 10 trajets diminuent également, passant de 12 à 8 déverrouillages pendant le challenge, pour se stabiliser à moins de 10 après le challenge. On passe donc de plus d’un appel pour 10 trajets avant le challenge à moins d’un appel pour 10 trajets après le challenge.

Au regard de l’analyse de ces quatre indicateurs, le nombre d’appels interdits pour 1 000 km présente la plus forte variation. Les conducteurs téléphonent deux fois moins souvent en conduisant pendant le challenge. Et l’effort consenti pendant le challenge perdure dans la période qui suit le challenge. Les participants prennent donc conscience que ces appels ne sont pas indispensables et qu’il faut les éviter.

Couplé au fait que l’absence totale d’usage du téléphone pour 100 km augmente d’un point après le challenge, les données indiquent que les challenges de conduite contribuent activement à réduire la distraction téléphonique.

Comparaison entre les participants et les non-participants 

Comparons la performance des participants et des non-participants.

Les conducteurs qui ne participent pas au challenge sont plus distraits que les participants. Pour les conducteurs non-participants, les données de conduite révèlent :

  • 5 déverrouillages en plus pour 100 km,

  • 6 déverrouillages en plus pour 10 trajets,

  • 5 appels interdits en plus pour 1000 km.

Ces résultats offrent une mesure de l’efficacité réelle d’un challenge anti distraction. Les principaux enseignements sont : (1) les effets positifs immédiats du challenge dès son lancement chez tous les conducteurs et (2) une réduction importante de la distraction dans les semaines qui suivent le challenge chez les conducteurs les plus à risque avant le début du challenge. On relève également une prise de conscience sur les appels interdits puisque leur proportion diminue de moitié pendant le challenge et reste beaucoup plus faible même après le challenge.

Quels sont les résultats observés chez les conducteurs qui participent à plusieurs challenges ?

Dans cette seconde partie, nous mesurons l'évolution du comportement des conducteurs sur une période de douze mois jalonnée par trois challenges de distraction.

Les trois challenges que nous examinons ont été organisés en février, juillet et décembre. Sur l’ensemble des 5 000 participants au challenge de février, 5% ont participé aux deux challenges suivants, soit 250 personnes. Ce sont les performances de ces conducteurs que nous analysons.

Les performances des conducteurs pendant les challenges sont en constante amélioration passant de 4,4% de trajets avec appels pour le premier challenge, à 3,6% pour le deuxième, puis 3,4% pour le dernier challenge.

Les conducteurs qui participent à plusieurs challenges améliorent leur performance d’un challenge à l’autre. La mécanique du challenge se révèle donc toujours efficace même après trois challenges. Surtout, la motivation des conducteurs à réduire leur usage du téléphone au volant est intacte. 
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Le nombre de trajets avec appels entre la fin du premier challenge et avant le début du deuxième challenge a diminué, passant de 5,2 à 4,4. C’est exactement le même pourcentage que la performance des conducteurs pendant le premier challenge.

Il est vrai que cette constatation ne se vérifie pas entre le deuxième et le troisième challenge puisqu’on passe de 4,2 après le deuxième challenge à 5,2 avant le troisième challenge, soit +1 point. Cependant, on note que 5,2% correspond à la performance des conducteurs après le premier challenge. Cela signifie que la performance des conducteurs à la suite du premier challenge constitue le nouveau seuil de trajets avec appels pour l’année à venir. La prise de conscience constatée dans la première partie de notre analyse se confirme donc bien.

Mais ce n’est pas tout. En comparant le pourcentage de trajets avec appels après les trois challenges, il ressort que cet indicateur est en baisse constante : 

  • -1 point entre la fin du premier challenge et celle du deuxième challenge (5,2 à 4,2)
  • - 0,3 points entre la fin du deuxième challenge et celle du troisième (4,2 à 3,9)

Concrètement, les données montrent que le pourcentage de trajets avec appels a baissé de 1,3 points sur l’année grâce aux challenges anti-distraction. Au-delà de l'efficacité immédiate d’un challenge, l'organisation de challenges à intervalles réguliers engendre une réduction de la distraction au volant à moyen terme (4 mois) et long terme (1 an). 

Conclusion

Nous avons illustré dans cet article l'impact positif des challenges anti-distraction sur le risque routier. En déployant des challenges de conduite, les assureurs se donnent les moyens de mesurer objectivement :

  • l'évolution des comportements de distraction (pourcentage d’appels par trajet, de déverrouillages aux 100 km, de déverrouillages pour 10 trajets, d’appels interdits aux 1 000 km),

  • l'efficacité à moyen et long terme de leurs programmes de prévention routière.