Distraction téléphonique : ce que les données de 8 000 conducteurs révèlent

Valentin J.

Publié le 18 janvier 2023 · 9 min de lecture

Introduction

Cet article est consacré à l’exploitation des indicateurs de distraction. Afin d’illustrer leur valeur ajoutée, nous examinons le comportement de conduite de deux groupes distincts de conducteurs sur une période de 6 mois.

Chaque groupe est composé de 4 000 conducteurs : 

  • Le groupe A est composé de jeunes conducteurs qui justifient de moins de 4 années de conduite.

  • Le groupe B comprend une population plus hétérogène en termes de répartition d'âge et d'expérience de conduite.

Pour définir le phénomène de distraction, nous comparons les indicateurs suivants : 

  • la fréquence de déverrouillage du smartphone,

  • la durée et la fréquence des appels téléphoniques,

  • les plages horaires les plus à risque,

  • les contextes routiers les plus problématiques.

L’objectif de cette étude est d’identifier les différents profils de distraction téléphonique afin que l'assureur puisse lancer des programmes de prévention visant spécifiquement les habitudes de conduite les plus à risque de ses membres. 

Fréquence de déverrouillage


Un déverrouillage traduit un usage du téléphone au volant. Une fréquence élevée est symptomatique d’un conducteur qui consulte son téléphone de manière compulsive.

Les résultats présentés ci-dessous correspondent à des statistiques calculées pour l’ensemble des conducteurs des groupes A et B.

Plusieurs référentiels sont utilisés pour exprimer la fréquence de déverrouillage :

  • par heure de conduite,

  • pour 100 km,

  • pour 10 trajets.

Le graphique ci-dessous représente le nombre de déverrouillages par heure de conduite pour les deux groupes. 

 

Le tableau suivant présente des points caractéristiques de ces distributions : le premier quartile, la valeur médiane, le troisième quartile et la moyenne.

 

Nombre de déverrouillages par heure de conduite

Groupe A 

Groupe B

Q25

1,3

4,4

Q50

3,5

6,7

Q75

6,8

9,5

Moyenne

5

8



A temps de conduite égal, les conducteurs du groupe A déverrouillent moins leur téléphone que les automobilistes du groupe B.

La comparaison de la valeur médiane (Q50) révèle que la majorité des conducteurs du groupe B déverrouille environ deux fois plus leur téléphone.  

Environ 20% des conducteurs du groupe A ne déverrouillent pas leur téléphone, alors que presque tous les automobilistes du groupe B déverrouillent leur téléphone. 

Le graphique suivant représente le nombre de déverrouillages pour 100 kilomètres pour les deux groupes.

 

Les distributions relatives à la distance parcourue diffèrent peu de celles relatives au temps de conduite.

 

Nombre de déverrouillages pour 100 km

Groupe A 

Groupe B

Q25

2,4

7,8

Q50

6,4

12,5

Q75

13,5

18,4

 

Alors que les automobilistes du groupe A effectuent un déverrouillage tous les 10 km en moyenne, ceux du groupe B déverrouillent leur téléphone tous les 7 km en moyenne.

Le dernier graphique présente le nombre de déverrouillages pour 10 trajets.

 

L’écart entre les deux groupes se confirme. Seuls les conducteurs appartenant au troisième quartile du groupe A déverrouillent leur téléphone au moins une fois par trajet. En comparaison, tous les conducteurs du groupe B déverrouillent leur téléphone au moins une fois par trajet, avec un pic à plus de deux déverrouillages par trajet pour les automobilistes du troisième quartile.  

 

Nombre de déverrouillages pour 10 trajets

Groupe A 

Groupe B

Q25

3,3

10,3

Q50

8,2

16,6

Q75

15,7

24,1

 

Les disparités à l’intérieur même des groupes sont également fortes puisque la fréquence de déverrouillage entre les premier et deuxième quartiles augmente de 170% pour le groupe A et 60% pour le groupe B.

Le groupe A apparaît globalement moins distrait avec plus de 10% des conducteurs qui n'utilisent pas du tout leur téléphone lorsqu'ils conduisent. Le groupe B ne compte que 2% de conducteurs sans déverrouillage.

 

L’UTILISATION DU TÉLÉPHONE RÉDUIT LE TEMPS DE RÉACTION EN CAS D’URGENCE

Déverrouiller son téléphone n'est pas anodin. Fixer du regard son téléphone pendant quelques secondes détourne l’attention du conducteur et augmente le risque d’accident.

Le tableau ci-dessous présente l'évolution de la distance parcourue pendant 2 secondes en fonction de la vitesse de déplacement. La distance parcourue pendant ce court laps de temps peut avoir des conséquences tragiques.

 

Vitesse

Distance parcourue en deux secondes 

20 km/h

11 mètres

30 km/h

16 mètres

50 km/h

28 mètres

90 km/h

50 mètres

110 km/h

61 mètres

130 km/h

72 mètres

 


Durée et fréquence des appels téléphoniques interdits


Un SDK télématique est capable d'identifier :

  • si les appels passés alors que le véhicule est en mouvement sont autorisés ou interdits par la loi,

  • le type d'appels (entrant ou sortant),

  • le système audio utilisé (micro du téléphone, haut parleur, casque audio filaire, dispositif audio non filaire).  

Un appel téléphonique est considéré “autorisé” uniquement si le conducteur utilise le système main libre du véhicule. Les autres appels sont labellisés “interdit”.


Les données ci-dessous correspondent à des statistiques qui s'expriment en :

  • minute de communication par heure de conduite,

  • nombre d’appels pour 1 000 kilomètres,

  • pourcentage du nombre de trajets total comportant au moins un appel interdit.

Au regard de la durée des appels rapportée à une heure de conduite, les conducteurs du groupe B passent en moyenne trois fois plus de temps au téléphone que les automobilistes du groupe A. 

 

 

Groupe A 

Groupe B

Durée moyenne de communication téléphonique exprimée en minute par heure de conduite

1 min / h

3 min / h

Durée moyenne de communication téléphonique par heure de conduite exprimée en %

1,6 %

5 %

 

 

Le tableau suivant révèle que les conducteurs du groupe A téléphonent tous les 90 kilomètres alors que les automobilistes du groupe B téléphonent tous les 20 kilomètres, une fréquence 4 fois plus élevée.

 

 

Groupe A 

Groupe B

Nombre d’appels pour 1 000 km

11

52

Nombre d’appels interdits pour 1 000 km

6

41

 

 


Dans 45% des cas, les conducteurs du groupe A utilisent le système main libre de leur véhicule pour téléphoner contre 20% des conducteurs du groupe B

Les diagrammes de répartition ci-dessous combinent les appels entrants et sortants avec les appels interdits et autorisés.

Le groupe A présente un profil équilibré avec une répartition de 50% d'appels interdits. Moins vertueux, le groupe B totalise environ 80% d'appels interdits.

 

Les données mettent en avant un phénomène surprenant : la majorité des appels interdits sont à l’initiative du conducteur. Le conducteur ne répond pas à une stimulation extérieure. C'est lui qui déclenche l'appel et qui est à l'initiative de la distraction téléphonique. C’est donc une décision délibérée qui met en danger sa sécurité et celle des autres usagers de la route.

Ce comportement est pourtant évitable puisque la plupart des véhicules embarquent des dispositifs d'infotainment permettant de passer des appels mains libres.

Dans la continuité de nos observations, le groupe B présente un pourcentage de trajets avec appel bien supérieur à celui du groupe A.

 

 

Groupe A 

Groupe B

% de trajets sans appel

90,6%

64,4%

% de trajets avec au moins un appel

9,4%

35,6%

% de trajets avec au moins un appel interdit

5,2%

29,2%

 

Un noyau dur de conducteurs, environ 26,6% pour le groupe A et 6% pour le groupe B, ne téléphonent pas.

 

 

Groupe A 

Groupe B

% de conducteurs sans aucun appel

26,6%

5,9 %

% de conducteurs sans appel interdit

38,3%

7,6%


Les plages horaires les plus favorables aux appels téléphoniques

Une plateforme télématique performante permet d’établir l’analyse chronologique précise de l’utilisation du téléphone au volant.

Les couleurs claires des cartes de chaleur suivantes correspondent aux périodes où la densité d'appels téléphoniques est la plus importante. 

GROUPE A

GROUPE B

La lecture des cartes ne révèle pas de différence fondamentale entre les deux groupes mais indique que les appels sont plus nombreux en semaine.

Le pic de distraction se situe entre 16h et 20h. Les journées du jeudi et du vendredi concentrent le plus d’appels sur ces plages horaires. 

Le contexte routier le plus propice à la distraction

Les graphiques ci-dessous représentent les répartitions de la durée de conduite par contexte routier des conducteurs des groupes A et B. Les contextes sont déterminés en fonction de la vitesse moyenne des déplacements mesurés lors d’un trajet (pour plus de détails, voir la documentation publique)

 

Pour comparer les deux groupes, nous avons normalisé les évènements de distraction par rapport à la durée de conduite pour chaque contexte routier. Ainsi, il est possible de comparer les deux groupes de conducteurs malgré une répartition différente des contextes. 

Déverrouillages



Appels téléphoniques

 

Les conducteurs téléphonent le plus en zone urbaine sous 30 km/h. Bien que les conducteurs des groupes A et B passent environ 50% de leur temps de trajet dans des zones extra-urbaines, les appels téléphoniques sur ce type de route sont marginaux.

En revanche, en zone urbaine et à plus basse vitesse, les automobilistes relâchent leur prudence sans doute car leur perception du danger est moindre. Cette impression est relative car si le contexte urbain minimise les dommages potentiels pour le conducteur et son véhicule, il est particulièrement accidentogène pour les autres usagers de la route (piétons, vélo, 2RM). D’ailleurs, ⅓ de la mortalité routière survient en agglomération et 74% des accidents mortels ont lieu lors des trajets quotidiens ou de courte durée.

Enfin, 30% des évènements de distraction du groupe A et 20% des évènements de distraction du groupe B surviennent lors des arrêts véhicule (stops, feux tricolores) ou dans les bouchons. Pourtant, la loi est formelle : même à l’arrêt, il est interdit d'utiliser son téléphone

Conclusion

L'analyse des indicateurs de distraction téléphonique permet de dresser un profil de distraction global.

  • La distraction représente en moyenne 2 minutes passées sur son téléphone par heure de conduite.

  • Seule une minorité de conducteurs conduit sans utiliser son téléphone.

  • Les appels téléphoniques interdits sont majoritairement des appels sortants, et donc à l'initiative du conducteur

  • Les appels téléphoniques sont concentrés en semaine avec un pic le jeudi et le vendredi.

  • Un pic de distraction intervient entre 16h00 et 20h00.
  • La distraction survient surtout en zone urbaine sous 30 km/h.

Les indicateurs de distraction permettent de faire ressortir deux comportements de conduite très différents en termes de fréquence, de durée et de contexte routier. Le premier groupe de conducteurs est peu distrait par rapport au groupe B qui présente un profil de distraction à risque. 

Grâce aux données télématiques, l’assureur peut lancer des programmes de prévention sur-mesure qui ciblent précisément les mauvaises habitudes de conduite de ses membres. Surtout, l'intégration d'un SDK télématique dans son application lui permet de mesurer l'évolution des comportements de conduite et donc de mesurer le ROI de ses actions de prévention.